LECTIONES

"Si vivre est un devoir, quand je l’aurai bâclé, que mon linceul au moins me serve de mystère. Il faut savoir mourir, Faustine, et puis se taire : mourir comme Gilbert en avalant sa clé."

Les Contrerimes - P.J. Toulet

"Ils se disent heureux, et plus jamais n’éprouvent cette vive brûlure et cette oppression dont nos coeurs sont saisis quand nos yeux se retrouvent ; nous nous sommes toujours une apparition! Ils se disent heureux, parce qu’ils peuvent vivre de la même fortune et sous le même toit ; mais ils ne sentent plus un cher secret les suivre ; ils se disent heureux, et le monde les voit!"

Les Solitudes - Sully Prudhomme

"J’étais à la Comédie-Française le jour que Voltaire vint y voir représenter sa tragédie d’Irène. De ma vie je n’ai assisté à un pareil triomphe. Quand le grand homme entra dans sa loge, les cris, les applaudissemens furent tels que je crus que la salle allait s’effondrer. Il en fut de même au moment où on lui plaça la couronne sur la tête, et le célèbre vieillard était si maigre, si chétif, que d’aussi vives émotions me faisaient trembler pour lui. Quant à la pièce, on n’en écouta pas un mot, et cependant Voltaire put quitter la salle persuadé qu’Irène était son meilleur ouvrage."

Souvenirs de Madame Louise-Élisabeth Vigée-Lebrun

"Ou bien c’est une suffocation désagréable dont on voudrait se débarrasser afin de respirer librement, ou bien c’est une griserie brutale trop tôt finie parce que seul l’être nerveux a été touché. C’est du bonheur d’être bouleversé et de ne plus rien savoir."

Laissez-moi - Marcelle Sauvageot                                    

"Là-dessus, vous vous imaginez que le peuple est méchant; vous avez raison; mais il n’a point une méchanceté de réflexion; c’est une méchanceté de hasard, qui lui vient de ce qu’il voit ou de ce qu’il entend, il devient méchant, comme il devient bon, sans le plus souvent être ni l’un ni l’autre."

Journaux et oeuvres diverses - Marivaux

"L’autorité n’est établie que pour sauvegarder, défendre et perpétuer les inégalités sociales ; la législation propriétaire, l’armée, la police, la magistrature, les codes et les règlements n’ont été institués que pour cautionner l’état de déséquilibre qui a été imposé aux hommes par la Société, pour enchaîner la liberté des uns au profit de celle des autres, pour éterniser les mesures de spoliation qui ont créé la misère du plus grand nombre."

L’ABC du libertaire - Jules Lermina

"Le romantisme n’est précisément ni dans le choix des sujets ni dans la vérité exacte, mais dans la manière de sentir."

 Curiosités esthétiques; L’art romantique - Charles Baudelaire 

"Tout cela était vivant, ardent, fécond, tumultueux, grand. Et quand tout avait été plaidé, débattu, scruté, fouillé, approfondi, dit, contredit, que sortait-il du chaos? toujours l’étincelle; que sortait-il du nuage? toujours la clarté. Tout ce que pouvait faire la tempête, c’était d’agiter le rayon et de le changer en éclair."

Napoléon Le Petit - Victor Hugo

"Les médisances, les calomnies, les petits scandales, les friponneries heureuses, les trahisons voilées, les vanités ridicules, les délaissements odieux, les tendresses menteuses, les amours variables, les apostasies encensées, les charités d’ostentation, les suffisances puériles, les sottises outrecuidantes, l’ignorance absolue, les préjugés antédiluviens, les espoirs absurdes et les souhaits misérables, toutes ces pauvretés, tout ce clinquant, tout ce cuivre doré qui constitue l’intérêt de la société n’est pas compensé par le médiocre plaisir de passer quelques heures au coin d’une cheminée chaude."

Mémoire d’un suicidé -  Maxime Du Camp