LECTIONES

"Mais ce vaisseau vole aujourd’hui dans l’ouragan ; il va si vite, si vite, que le vertige prend aux plus fermes, et que toute poitrine en est oppressée. Que puis-je dans ce beau et terrible mouvement  ? Une seule chose : le comprendre ; je l’essayerai du moins."

Introduction à l’histoire universelle - Jules Michelet

"L’Europe ne s’informe guère de toutes ces habiletés. Si nous nous disons méprisables, elle pourra bien nous croire. L’Italie avait encore une grande force au seizième siècle. Le pays de Michel-Ange et de Christophe Colomb ne manquait pas d’énergie. Mais lorsqu’elle se fut proclamée misérable, infâme, par la voix de Machiavel, le monde la prit au mot, et marcha dessus."

Le peuple - Jules Michelet

"Par une illusion qui peut s’expliquer, je crus voir, en approchant de la maison mortuaire, que les alentours et tout le voisinage étaient sous l’influence de la mort de ma grand-mère, que le silence matinal des rues, les appels des voisins et des voisines, l’allure rapide des passants, le bruit des marteaux du maréchal avaient pour cause la mort de ma grand-mère. A cette idée, qui m’occupait tout entier, j’associais la beauté des arbres, la douceur de l’air et l’éclat du ciel, remarqués pour la première fois."

 Le livre de mon ami - Anatole France 

"Il essaya de rire, mais les muscles bouleversés de sa figure n’obtinrent qu’une hideuse grimace. Il faut bien dire l’idée qui dominait en lui, au milieu de son trouble et de sa terreur."

Les Errants de nuit - Paul Féval

"Le petit fantôme noir, éclatant de rire derrière son voile, en un tour de main coiffa mademoiselle Bonneau d’une dentelle sur les cheveux et l’entraîna par la taille : – Moi, que je m’embobeline, il faut bien, c’est la loi… Mais vous, qui n’êtes pas obligée… Et pour aller à deux pas… Et dans ce quartier où jamais on ne rencontre un chat !…"

Les Désenchantées -  Pierre Loti 

"Par quelle imprudence des hommes qui devraient surtout se faire oublier sont-ils les premiers à se mettre en avant, à écrire, à dresser des actes d’accusation, à semer la discorde, à attirer sur eux l’attention publique?"

Réflexions politiques - Chateaubriand

"Le silence est énorme et l’obscurité, à quelques pas, est si compacte, si coagulée, si poisseuse, que le soleil s’y éteindrait. Les pensées ou les sentiments qu’elle faisait marcher devant elle, quand elle était vive et forte, sont engloutis dans ces ténèbres."

La Femme pauvre - Léon Bloy

"Les souvenirs sont comme les échos des passions ; et les sons qu’ils répètent prennent par l’éloignement quelque chose de vague et de mélancolique, qui les rend plus séduisants que l’accent des passions mêmes."

Mélanges littéraires - Chateaubriand

"Si ces abstractions existent véritablement et par elles-mêmes, elles résident dans un lieu accessible à la seule intelligence, elles habitent un monde que vous appelez l’absolu par opposition à celui-ci, dont je dirai seulement qu’à votre sens, il n’est pas absolu. Et si ces deux mondes sont l’un dans l’autre, c’est leur affaire et non la mienne. Il me suffit de connaître que l’un est sensible et que l’autre ne l’est pas; que le sensible n’est pas intelligible et que l’intelligible n’est pas sensible.
Dès lors, le mot et la chose ne peuvent s’appliquer l’un à l’autre, n’étant pas dans le même lieu; ils ne sauraient se connaître l’un l’autre, puisqu’ils ne sont pas dans le même monde. Métaphysiquement, ou le mot est toute la chose, ou il ne sait rien de la chose."

Le Jardin d’Épicure - Anatole France