“Il y a ça dans le livre : la solitude y est celle du monde entier. Elle est partout. Elle a tout envahi. Je crois toujours à cet envahissement. Comme tout le monde. La solitude c’est ce sans quoi on ne fait rien. Ce sans quoi on ne regarde plus rien. C’est une façon de penser, de raisonner, mais avec la seule pensée quotidienne. Il y a ça aussi dans la fonction d’écrire et avant tout peut-être se dire qu’il ne faut pas se tuer tous les jours du moment que tous les jours on peut se tuer.”
—Écrire - Marguerite Duras
June 2013
1 post
December 2012
1 post
“Vous avez entendu parler, naturellement, de ces minuscules poissons des rivières brésiliennes qui s’attaquent par milliers au nageur imprudent, le nettoient, en quelques instants, à petites bouchées rapides, et n’en laissent qu’un squelette immaculé ? Eh bien, c’est ça, leur organisation. « Voulez-vous d’une vie propre ? Comme tout le monde ? » Vous dites oui, naturellement. Comment dire non ? « D’accord. On va vous nettoyer.”
—La Chute - Albert Camus
October 2012
1 post
“L’infini de la vie invisible, de la vie silencieuse, le monde de la nuit, du fond de la terre, du ténébreux océan, les invisibles de l’air que nous respirons, ou qui, mêlés à nos liquides, circulent en nous inaperçus. Monde énormément puissant, que l’on méprise en détail, et qui, par moments, terrifie, quand il apparaît aux yeux dans quelqu’une de ses grandes révélations imprévues.”
—L’insecte - Jules Michelet
September 2012
3 posts
“Toutes les anciennes dénominations d’école subsistaient ; il existait encore des platoniciens, des pythagoriciens, des cyniques, des épicuriens, des péripatéticiens, recevant tous des salaires égaux, à la seule condition de prouver que leur enseignement était bien d’accord avec celui de Platon, de Pythagore, de Diogène, d’épicure, d’Aristote. Les railleurs prétendaient même que certains professeurs enseignaient à la fois plusieurs philosophies et se faisaient payer pour jouer des rôles divers.
Un sophiste s’étant présenté à Athènes comme sachant toutes les philosophies : « Qu’Aristote m’appelle au Lycée, dit-il, je le suis ; que Platon m’invite à l’Académie, j’y entre ; si Zénon me réclame, je me fais l’hôte du Portique ; sur un mot de Pythagore, je me tais. - Suppose que Pythagore t’appelle », reprit Démonax.” —Marc Aurèle ou La fin du monde antique - Ernest Renan
Un sophiste s’étant présenté à Athènes comme sachant toutes les philosophies : « Qu’Aristote m’appelle au Lycée, dit-il, je le suis ; que Platon m’invite à l’Académie, j’y entre ; si Zénon me réclame, je me fais l’hôte du Portique ; sur un mot de Pythagore, je me tais. - Suppose que Pythagore t’appelle », reprit Démonax.” —Marc Aurèle ou La fin du monde antique - Ernest Renan
“La modernité n’est en vérité que misérable remède contre une douceur dangereuse venue du fond du ciel. La gare dessous son rajeunissement de plâtre rose avoue son désir de vieillir et de ne plus entendre même en rêve le grincement de dents des freins des locomotives : une gare où plus aucun train ne s’arrête est un chef-d’œuvre de poésie errante, comme le sont les maisons d’éclusiers aux paupières closes.”
—Un assassin blanc comme neige - Christian Bobin
“J’ai toujours reconnu d’instinct ceux qui se lèvent avec le jour, même en vacances, et ceux qui restent pour des siècles au lit. J’ai immédiatement craint les premiers. J’ai toujours craint ceux qui partent à l’assaut de leur vie comme si rien était plus important que de faire des choses, vite, beaucoup.
C’est comme quand je glisse dans l’eau de la baignoire et je guette, tête sous l’eau, les bruits du dehors. Ceux qui traînent au lit ou dans la baignoire, ce sont les mêmes.
Ils laissent monter jusqu’à leur coeur le chant des baleines bleues, la fugue royale du temps qui passe.” —La folle allure - Christian Bobin
C’est comme quand je glisse dans l’eau de la baignoire et je guette, tête sous l’eau, les bruits du dehors. Ceux qui traînent au lit ou dans la baignoire, ce sont les mêmes.
Ils laissent monter jusqu’à leur coeur le chant des baleines bleues, la fugue royale du temps qui passe.” —La folle allure - Christian Bobin
March 2012
26 posts
“Mais du moins, je tenais cette vérité autant qu’elle me tenait. J’avais eu raison, j’avais encore raison, j’avais toujours raison. J’avais vécu de telle façon et j’aurais pu vivre de telle autre. J’avais fait ceci et je n’avais pas fait cela. Je n’avais pas fait telle chose alors que j’avais fait cette autre. Et après ? C’était comme si j’avais attendu pendant tout le temps cette minute et cette petite aube où je serais justifié.”
—L’Étranger - Albert Camus
“Le torrent et ses précipices n’ont pas de terreurs pour l’imagination. On sent une nature abordable, et comme qui dirait des abîmes hospitaliers. Ce n’est pas sublime d’horreur; mais la douceur a aussi sa sublimité, et rien n’est doux à l’oeil et à la pensée comme cette terre généreuse soumise à l’homme, et qui semble ne s’être permis de montrer ses dents de pierre que là où elles servent à soutenir les cultures penchées au bord du ravin.”
—Promenades autour d’un village - George Sand
“Par une nuit d’orage, elle se précipita du haut d’une falaise dans une rivière rapide et profonde, et périt victime de son imagination, uniquement pour ressembler à l’Ophélie de Shakespeare. Si cette falaise, qu’elle affectionnait particulièrement, eût été moins pittoresque ou remplacée par une rive plate et prosaïque, elle ne se serait sans doute point suicidée.”
—Les Frères Karamazov - Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski
“Aujourd’hui l’espace est splendide!
Sans mors, sans éperons, sans bride,
Partons à cheval sur le vin
Pour un ciel féerique et divin!
Comme deux anges que torture
Une implacable calenture,
Dans le bleu cristal du matin
Suivons le mirage lointain!
Mollement balancés sur l’aile
Du tourbillon intelligent,
Dans un délire parallèle,
Ma soeur, côte à côte nageant,
Nous fuirons sans repos ni trêves
Vers le paradis de mes rêves!” —Les Fleurs du Mal - Charles Baudelaire
Sans mors, sans éperons, sans bride,
Partons à cheval sur le vin
Pour un ciel féerique et divin!
Comme deux anges que torture
Une implacable calenture,
Dans le bleu cristal du matin
Suivons le mirage lointain!
Mollement balancés sur l’aile
Du tourbillon intelligent,
Dans un délire parallèle,
Ma soeur, côte à côte nageant,
Nous fuirons sans repos ni trêves
Vers le paradis de mes rêves!” —Les Fleurs du Mal - Charles Baudelaire
“Les feuilles desséchées des platanes, qui tombaient en tournoyant à ses pieds, lui donnaient une douce idée de la mort; il songeait que, pour la nature comme pour l’homme, vivre c’est périr sans cesse, et que les Grecs ingénieux avaient raison de donner à l’amour et à la mort le même visage et le même sourire.”
—Opinions sociales - Anatole France
“J’écoutais ses chants mélancoliques, qui me rappelaient que dans tout pays le chant naturel de l’homme est triste, lors même qu’il exprime le bonheur. Notre coeur est un instrument incomplet, une lyre où il manque des cordes et où nous sommes forcés de rendre les accents de la joie sur le ton consacré aux soupirs.”
— René - Chateaubriand
“S’il restait chez lui et continuait son existence ordinaire, il leur resterait mille fois supérieur et pourrait les écarter de son chemin d’un coup de pied.”
— Le Procès - Franz Kafka
“L’existence du terrible dans chaque parcelle de l’air. Tu le respires avec sa transparence ; et il se condense en toi, durcit, prend des formes pointues et géométriques entre tes organes ; car tous les tourments et toutes les tortures accomplis sur les places de grève, dans les chambres de la question, dans les maisons de fous, dans les salles d’opérations, sous les arcs des ponts en arrière-automne : tous et toutes sont d’une opiniâtre indélébilité, tous subsistent et s’accrochent, jaloux de tout ce qui est, à leur effrayante réalité.”
— Les Cahiers de Malte Laurids Brigge - Rainer Maria Rilke
“Le soleil venait de se coucher, recouvrant tout le ciel de lueurs d’incendie, et l’embrasement s’était étendu à toute la nature, qui avait pris une étrange teinte écarlate ; les herbes et le feuillage des arbres s’étaient subitement figés, comme si on les avait recouverts d’une couche de laque. Et il y avait quelque chose d’infiniment mystérieux dans leur immobilité de pierre, dans la netteté de leurs contours, dans cette alliance de lumière crue et de silence de mort.”
—Fantômes - Ivan Sergueïevitch Tourgueniev
“C’était pour l’essentiel toujours la même chose : une personne à l’esprit réfléchi et pénétrant se trouvait investie d’une étrange vitalité seconde, menant pendant un temps plus ou moins long une existence entièrement différente, caractérisée d’abord par une maladresse dans l’élocution et les mouvements, puis plus tard par l’acquisition systématique de connaissances scientifiques, historiques, artistiques et anthropologiques : acquisition menée avec une ardeur fiévreuse et une faculté d’assimilation absolument anormale. Puis un brusque retour à sa conscience…”
—Dans l’abîme du temps - Howard Phillips Lovecraft
“Elle ne le presse plus. Sa fureur est tombée comme a coutume de tomber le souffle violent du Notos que n’accompagne point le brillant éclair. Mais, ayant recouvré l’esprit, il est maintenant tourmenté d’une douleur nouvelle ; car, contempler ses propres maux, quand personne ne les a causés que soi-même, accroît amèrement les douleurs.”
—Tragédies - Sophocle
“Je définirais le livre une oeuvre de sorcellerie d’où s’échappent toutes sortes d’images qui troublent les esprits et changent les coeurs. Je dirai mieux encore: le livre est un petit appareil magique qui nous transporte au milieu des images du passé ou parmi des ombres surnaturelles.
Ceux qui lisent beaucoup de livres sont comme des mangeurs de haschisch. Ils vivent dans un rêve. Le poison subtil qui pénètre leur cerveau les rend insensibles au monde réel et les jette en proie à des fantômes terribles ou charmants. Le livre est l’opium de l’Occident. Il nous dévore. Un jour viendra où nous serons tous bibliothécaires, et ce sera fini.
Aimons les livres comme l’amoureuse du poète aimait son mal. Aimons-les; ils nous coûtent assez cher. Aimons-les; nous en mourons. Oui, les livres nous tuent. Croyez-m’en, moi qui les adorai, moi qui me donnai longtemps à eux sans réserve. Les livres nous tuent. Nous en avons trop et de trop de sortes.” —La vie littéraire (Première série) - Anatole France
Ceux qui lisent beaucoup de livres sont comme des mangeurs de haschisch. Ils vivent dans un rêve. Le poison subtil qui pénètre leur cerveau les rend insensibles au monde réel et les jette en proie à des fantômes terribles ou charmants. Le livre est l’opium de l’Occident. Il nous dévore. Un jour viendra où nous serons tous bibliothécaires, et ce sera fini.
Aimons les livres comme l’amoureuse du poète aimait son mal. Aimons-les; ils nous coûtent assez cher. Aimons-les; nous en mourons. Oui, les livres nous tuent. Croyez-m’en, moi qui les adorai, moi qui me donnai longtemps à eux sans réserve. Les livres nous tuent. Nous en avons trop et de trop de sortes.” —La vie littéraire (Première série) - Anatole France
“La vie est un torrent : ce torrent laisse après lui, en s’écoulant, une ravine plus ou moins profonde que le temps finit par effacer.”
— Les Natchez - Chateaubriand
“Notre société, selon ces gens-là, nos moeurs, tout se décompose et rend le dernier soupir. Nous vivons morts; nous nous portons à merveille dans une agonie perpétuelle, et sans nous apercevoir que nous sommes en putréfaction.”
— Contes bruns - Honoré de Balzac